Huguette Bertrand

 

 

 

 

LA POÉSIE SE MANGE CRUE

 

poésie

 

 

Le livre en Pdf

 

    ces textes sont paginés comme dans le livre papier

Sous la saignée des mots
la nuit s'enfonce
dans les mirages
d'une histoire inachevée
au matin annonce
l'éclat de vivre
d'un doux printemps

Connectée aux fils tissés doux
l'étrangère a beau maudire l'illusion
a beau maudire les ratés
quand le hasard survient
vêtu d'une chair infinie
que les sens aspirent
jusqu'au tendre du désir

 

7

Tendre la perche
sur l'étang l'étendue
les temps tout tendus
à l'heure des atomes crochus

Dis Gital, comment ça va ?
Moi ! Oh pas si bête
trop sincère
emportée vers l'écran
je glisse dans le subtil
éclatée dans l'ère du présent

je coule noir dans la bête
j'observe le monde primitif
enroulé dans la farine
d'un ordre social révolu


8

Gicle la puissance des mots
accordés aux mondes subtiles
de tous les passés présents
et à venir
Images intimes
des masses sombres
portent les songes à peine nommés
sur l'écran des murmures
s'éclatent en mouvements rebelles
à l'heure des solitudes

Asservie
l'histoire glisse dans la turbulence
jusqu'aux confins de l'errance
contre les impossibles
quand l'oeil vibre tendre
dans le regard de l'autrement

L'autre voyelle voit-elle
la voie telle que vue ?

Qu'on sonne aux portes
qu'on se déclare muet
qu'on se calfeutre jusqu'aux aurores
qu'on sonne le glas du blues
érection d'un mythe glorifié
retombant dans la nature des choses

9

Que les Aphrodites se lèvent
et se dirigent toutes
vers le bar des incantations
soulevant leur coeur
à la santé des amoures libérées

Honorés de gestes rares
les mots s'emmenuisent
au creux des histoires
se projettent d'un écran à l'autre
filent droit dans le réel sculpté

Dans la soie soyons soyeuses
entre les cliquetis
et les clins d'oeil
par intermittence se posent
et reposent dans la tasse
de café refroidi

Tout près gît une feuille verte
à l'amante pour le thé

 

 


10

Je bois un expresso
en lorgnant mon clavier
Je pose mes doigts sur les touches
Je regarde l'écran
et vois défiler les lettres de l'alphabet
Ces lettres forment des mots
allongés sur l'espace-temps
telle une pieuvre effleure
les fibres d'un toucher subtil
mais encore faut-il enlever l'armure
et s'abandonner au murmure
en oubliant les distractions
coincées entre les murs
et l'événement
événement de la parole
des gestes tendus
révoltés

Cd, crayon, chewing-gum
statuette et tasse s'embrouillent
autour d'une illusion
Demeurent le clavier et l'écran
transmetteurs de murmures
pouvant être captés
sur fréquence infiniment incarnés

11

Propriété intellectuelle
en mal de possession de mots
d'idées, de femmes, de chiens, de chats
et de papier chiffonné
haché, digéré
engrais pour faire pousser des fleurs géantes
sur les tombes douloureuses
à angles obtus

S'enfonce le clou
dans l'intellectualité du post-modernisme
renvoyé dans la préhistoire
des jours disséqués

Cul par-dessus tête
sur des voies parallèles,
les touchers s'implorent
le café s'évapore
et la tasse s'élance
sur la plancher des vaches
en laissant échapper une goutte
dans l'oeil digital

 

12

La flamme
des femmes affamées
enflamme
la ferme intention
infâme

13

Et si le doigt appuyait sur le désir
les espaces numériques pourraient rejoindre le rêve
pour assouplir les gestes conciliables

Suffit-il de laisser flotter
les mots bleus
sur la ligne d'horizon
à travers l'espace de l'ineffable ?

Nul espace ne pourra envahir
le fil qui tenait lieu de re-création
en ses contours inoubliables

Faudra t-il assassiner le doute
sur la route inachevée
pour traverser les ondes à l'arraché
ou simplement baisser les yeux
en fixant les touches du clavier
sans boire les paroles écoulées
au fil des heures mortes ?

Ondes et papier s'éclatent
dans le mouvement caressé doux
sur les langues suspendues
au silence rompu à la dissidence

Un nuage passe
Une goutte de pluie traverse l'ennui
et les impondérables
plongent dans une réflexion sur mesure


14

Les purs désirs se propagent dans l'amertume
des mystères noués à l'aventure matricielle
vont choir devant le miroir des paradoxes
écoeurés de dogmes, de rites et de mythes
éloges des gorges déployées

C'est dingue mais ça tient tout seul
ça s'entretient
ça se maintient dans une constellation givrée
ça tourne autour de rien
que finalement ça devient quelque chose d'inévitable
ça se chuchote d'une oreille à l'autre
sans mesure, sans bavure
doux murmure en plongée
dans la fulgurance du hasard
à la croisée du jouir des regards
inexplorés

Finalement le retour des impossibles
se pointe sur le bout des doigts
pour dénouer la fibre d'un malentendu

 

 

 

 


15

Devant la pâleur du ciel
les paroles se déshabillent à tour de rôle
Lentes paroles puisées
dans les remous de l'histoire
se croquent sur les écrans enfiévrés
rêvent de papier

On soupire, on aspire, on respire, on transpire
on a vu pire !
On s'est exclamé dans l'écho
des carrespondances
et les coquettes rient

Rituels amazone sur l'autel des randonnées dantesques
les deux pieds dans l'hiver dépouillé

Les mains lentes poursuivent la chevauchée inerte
quand l'esprit s'emballe
écartelé au milieu d'un souvenir
et les volutes d'une pensée gaillarde
le rire se pince
s'éclate en différé

Le swing désossé
poursuit la musique de chambre
les semaines s'épuisent
et puis après ?
puis plus rien que l'haleine chaude des nuits
cachetées dans l'enveloppe du secret

16

Désarticulées
les langues vont s'échouer
dans les histoires de l'une
quand l'autre transfigure le poème
dans le dit des mots récupérés
déroule le temps et l'espace
puis s'envole dans le hasard des choses
inlassablement reprend la marche
dans le sens des heures
sous le doigté d'une mémoire
insensée
quand tout tourne en rond
dans le projet du poème
glisse dans l'en faire des phrases rouges
Dilemme !

Ô flamme des femmes éternelles !
Ô femmes des flammes mortellement belles
mortes de rire, mortes de peur
au gré des sens mal en point
poème d'elles muettes

Un message d'envergure s'est pointé le nez
ne m'a enlevé qu'une épine du pied
l'autre pied près du clavier n'a pas dansé
car mon coeur était à l'ombre d'un cocotier
sans effaroucher les augures
sans attendre rien de rien
que des mots à la volée

17

Les heures passent les années aussi
à la dérive dans l'inconsistance
des portes s'ouvrent
d'autres se ferment la gueule
sous mes doigts hésitants

Figée dans ce délire des phrases
je range le soir dans une armoire
j'attends le jour dans le couloir
je tourne en rond sur un mouchoir
puis je traverse le miroir

Devant cette toile mécréante
je brosse des formes
avec des mots à chaud
des mots perdus et retrouvés
désirés et embrassés
des mots d'amour
des mots tout l'tour

Trempés dans la forge des sens
les mots se tordent
et puis éclatent
quand vient la nuit
tour à tour s'écrient
Ô miroir, quel est le vers le plus beau ?
sans réveiller le silence
me chuchote à l'oreille
je t'aime.
Oh !


18

Enchevêtrés dans le fluide du temps
paroles et gestes se sont tus
ne reste que mots d'amours

En pointillés nuit et jour
défilent solitaires
pleins de hasards à contourner

Devant le tableau des destinées mutantes
le regard trace à l'infini
le contour de l'instant
quand la main se tend toujours
vers la ligne fuyante

Qu'on tourne la page
et qu'on n'en parle plus

Mots à chaud
chaude lumière
chauds les mots entassés
dans la chaumière
s'enroulent autour des heures
intactes tic tac tic tac
fixent le modèle
toujours fébrile
sur la toile du présent

 

 

19

Toute l'Histoire du monde est un roman
de tiques aggravés
mijotant dans la marre des amertumes !
Ne reste qu'à lancer le cafard dans ce capharnaüm
histoire de se rincer l'œil jusqu'au sternum
pour rééquilibrer le budget
de nos déficiences épisodiques

Passons maintenant à la déchéance
assise sur une chaise
à se gratter le cuir chevelu
jusqu'à plus bas

Devant ce spectacle en mal de poux
me faut-il dégainer les touches de mon clavier
et tirer des lettres sur tout ce qui bouge
ou sécher sur mon épine dorsale ?

À vrai dire je préfère tirer des traits d'union sur la foule
que de mourir en points de suspension
dans l'Histoire de ce délire jouissif
ses mouvances spontanées

 

 

 

 


20

Stopper les machines !
Changement de cap vers les corps reliés
sens enfiévrés
dans la matière brute des hasards avortés
Larguez par-dessus bord les larmes grises
les larves soumises
suspendues au mât des volontés permises

Par grand vent par tempête
par devant pas si bête
je circule dans la gourmandise des mots
et dérive sur mon sort jusqu'au port des élues
Je vogue je vaque
et rame autrement
on s'habitue !

Nomade sur ma chaise
je dérive sur l'air rance de la solitude
fidèle amante de tous les espoirs
enchevêtrés dans mon être innommé
objet des coïncidences
des dissidences
au théâtre de la désinvolture

Une main se tend se retire
se retend en retard sur ma vie
sur l'amour
sur le temps

À minuit moins cinq
mes doigts plongent dans l'incertitude de l'instant


21

Elle appliquait des styles incongrus
devant mes neurones chauffées à blanc
suite à la pétarade d'une de mes fusibles cervicales
qui interpréta ce langage fumeux
comme une glissade à travers les doutes
et les tourments

Soyez bénis mesdame de la survivance
Digitalisez-vous
effeuillez les marguerites
dans le champ des épisodes
invitez la musique
quand le cœur vous en chante

Mais avant tout
prenez soin de mordre dans les histoires passagères
qui feront de vous des vierges insensées
Rien de tel pour déchirer le silence
et épingler les ombres au tableau de chasse
des lendemains livrés au langage

 

 

 

 

22

Dans la fosse de l'orchestre
un écho un air de blues
diffusent des vestiges
des vertiges
quand tout fige dans la mélancolie
quel litige !

L'expression en trompe-l'œil
cumule les ronds dans l'eau trouble
d'un regard mi-figue mi-raisin
Quel crachin !

Ça sue mollement
ça pique l'effrayant
ça perdure ça s'endure
Censure !
Fermez toutes les portes
baissez les rideaux
quand la nuit se pointe
sur la page d'une rage essoufflée

Dérive l'Éros des félines
quand leurs crocs s'évertuent
sur le faux du tableau
ça fait mal
mal en point
les parures
fausses dorures
c'est malin !

23

Pendant que ce texte mijote dans l'extrême
je viens poser ma griffe maligne
sur la danse des mots
en orbite autour du chapeau
aux rythmes des amours envolées

Je glyphe et je graphe sur l'état nébuleux
qui me plonge dans l'élan de cette ode
déliée par hasard aujourd'hui

Ô Vénus déesse dévoilée
tire le rideau sur les âmes soumises
à mourir de rire sur la couche odorante
des vanités révélées

Jouez, chantez dansez
dans l'enceinte des magouilles
l'air de rien
pendant que nous irons jouer au bois
en chassant les loups

24

Emporté dans le tourbillon
des rimes apostrophées
inutile de donner des coups de pied
dans la matière
car le désir incompressible
se tiendra toujours au garde-à-vous
devant l'appel aux âmes

Ainsi en a décidé la poupée russe
emboîtée l'une dans l'autre
elle pleure à plusieurs
sur la ligne tordue
de nos vraisemblances

En équilibre sur le mouvement perpétuel
les amours effilochées attristées
se pointent toujours au bout d'Elle
dans l'encoignure de l'œil aux aguets

 

25

Désarçonnée je glisse éclatée
dans l'amphore des mots
puis me remet en selle
élancée dans l'émoi
que deux claques vaut mieux qu'une tu l'auras !

De surprise en emprise
j'essuie la méprise sur le mur du silence
advenu
de relais en relais enflamme la femme
au théâtre de toutes les audaces
sans laisser de traces se bidonne
face au murmure
comme un rappel
que l'amour n'aura pas lieu
que l'instant s'est perdu entre deux phrases
que ce jeu ne vaut pas une chandelle
devant l'ampleur du mensonge

26

Cette musique Mp3 me montre le tableau de Vermeer
et cette fille qui me regarde une perle à l'oreille
passion de jadis conjuguée à l'ivresse
des gestes et regard disparus

Parure d'une pensée mutilée
imprimée sur les murs d'avril
au passage d'un faune
retourné dans sa fable
au cœur des voix échangées

D'un clic de souris
sortez-vos parapluies
il pleuvra des sourires sur la ville
par-ici et par-là

Ainsi parla t-elle d'un demi-ton
mirliton

27

Foncer dans ce décor fragile à pied levé
ravive les ondes lubriques
d'un soupir défloré

Lézardé le jour gisant vaincu
évacue l'ombre fuyante
se fait hara-kiri
m'épure le cœur ravi

Je grimpe sur les murs
je cours sur les plafonds
me retrouve dans l'air libre
comme un hasard écorché vif

Dans le mouvement d'un temps rare
je condamne mes silences à perpétuité
et j'affûte mon âme prête à l'éclatement
dans tout ce qui bouge beau
à la poursuite des nuits fauves

Nuits gémissantes incarnées
Nuits frémissantes dans un poème égaré

 

 

 

 

28

Décolérée sur le pont
je largue les y'en a marre
et plonge dans le refrain du silence
oubliant les versets chimériques
j'ouvre le diaphragme
et lance à ciel ouvert des jets de femme
sur les lendemains frileux

Bouffée d'une rose éclose
j'ose l'apothéose par le rire
et embrasse tous les drapeaux
hérissés sur les humeurs
présentés au théâtre de la métamorphose

Au programme
il était une fois une forme appelée femme
dans la braise des consentements
À voir absolument !
Enfin, rien d'absolu quand lune ment
l'autre saute dans le pré des voluptés

À l'intermède un vignoble non fermenté
sera servi dans des flûtes de pan
Des notes s'élèveront alors en volutes
jusqu'à l'intime des slips
abandonnés dans la sauce piquante des à-venirs
Fausses pensées tendues vers l'oiseau envolé

Une vague saline soudain m'empoigne
me régurgite sur la grève d'une mer démontée
me coule dans l'histoire fragmentée
l'aimantée

29

Un bouquet de muguet vient répandre son odeur
au pied des ultimes essentielles
en sursaut fait grimper très haut
et renvoie l'ascenseur
des adages volages dans le fou des bisous
en sauce-crème à se fourrer partout

Par des mots tactiles
tout vient tout repart dans l'écho abruti
emprises désâmées, désarmées
envoyées dans la cage quand ça pince
mais les rouages tiennent bon
toujours huilés

En ligne s'alignent des miaules et des chuchots,
des piaules et des sabots
et même des aphrodites
dans le manchon des dames digitales
vestales sacrifiées sur l'autel du hasard numérique
Ne manque que les robes vierges
et les tentures écarlates
pour faire plus vrai que nature

Sortez le gréement
hissez les voilettes
à visage découvert
narguez le soleil
figé sur l'horizon

30

En ramant jusqu'à l'aine
les ardeurs ont saoulé le vaisseau
Quand l'écume folichonne
je rabats le couvercle
en tapant du chausson

Stoppons les machines
rallumons les chants d'elle
servons chaud le poème
et ses rimes enivrées
Suivra un dessert hilare
flambé dans la majuscule

Encerclées de noirceur
frottons des allumettes pour réchauffer le sacrifice
évacué dans le miroir
ce soir

Cette nuit trouble-fête suspendue au pied du lit
me râle, me râpe, me hâte
m'échappe sur une rumeur aqueuse, la gueuse
me songe m'éponge m'allonge
de tout mon long sur le hasard bavard

S'épousent alors les insomnies
les embellies et les souris
dans un regard désapprouvé

31

Suite page 2

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© Éditions En Marge et Huguette Bertrand
Dépôt légal / février 2010
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Canada
ISBN 978-2-921818-60-5

Tous droits réservés pour tous pays

Merci à Roberto di Marino pour la musique